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Mythologie · Minthé

Minthé dans la mythologie

Le mythe de Minthé n'est pas une légende grecque anonyme : il repose sur trois textes précis, d'Ovide, de Strabon et d'Oppien, écrits entre le début du Ier et la fin du IIe siècle. Ils ne racontent pas la même chose, et le plus ancien est aussi le plus laconique.

Le texte le plus ancien conservé

La mention la plus ancienne qui nous soit parvenue se trouve chez Ovide, dans les Métamorphoses, livre X, vers 728 à 730, poème achevé vers 8 après J.-C. Vénus, penchée sur Adonis mourant, se demande si elle a le droit de transformer un corps ; elle rappelle alors que Perséphone, elle, a pu changer le corps d'une jeune fille en menthe odorante. Ovide ne donne ni le nom de la nymphe, ni les circonstances : il suppose l'histoire connue de son lecteur romain, ce qui prouve qu'elle circulait déjà.

Cette allusion est précieuse pour deux raisons. Elle date l'existence du récit avant l'an 8. Et elle indique que, dans la version alors courante à Rome, l'agent de la métamorphose est Perséphone.

Le récit de Strabon

Le seul récit antique un peu développé vient de Strabon, Géographie, livre VIII, chapitre 3, paragraphe 14. L'ouvrage est composé entre les dernières décennies avant notre ère et les années 20 après J.-C. Strabon décrit la Triphylie, en Élide, et signale près de Pylos une montagne appelée Minthé. Il explique son nom : Minthé aurait été la concubine d'Hadès, piétinée par Korè, c'est-à-dire Perséphone, puis changée en menthe des jardins, la plante que certains appellent hêdyosmos, littéralement « qui sent bon ».

Strabon ajoute un détail qui compte pour comprendre le contexte : à proximité de cette montagne se trouvent un sanctuaire d'Hadès, vénéré aussi par les Makistiens, et un bois sacré de Déméter. Le mythe est donc rattaché à un paysage cultuel réel, où le couple souterrain est honoré. Ce n'est pas une fable détachée, c'est une explication locale de toponyme.

La variante d'Oppien : Déméter à la place de Perséphone

La troisième source est nettement plus tardive : Oppien, Halieutiques, livre III, poème dédié à Marc Aurèle et à Commode, donc composé vers 177 à 180 après J.-C. La version qu'il donne diffère sur trois points. Minthé y est une nymphe du Cocyte, l'un des fleuves des enfers, donc une divinité chthonienne et non une simple nymphe. Elle a partagé la couche d'Aïdôneus, autre nom d'Hadès, avant l'enlèvement de Perséphone. Et surtout, après cet enlèvement, elle se vante à voix haute d'être plus belle que la nouvelle reine et annonce qu'Hadès la reprendra.

C'est alors Déméter, et non Perséphone, qui la piétine et l'anéantit. La plante naît de la terre après ce piétinement. Le déplacement est significatif : la faute punie n'est plus la rivalité amoureuse mais la démesure verbale, et la punition vient de la mère outragée.

Comparatif des trois versions

Les sources antiques du mythe de Minthé et leurs divergences
SourceDateStatut de MinthéQui punitMotif
Ovide, Métamorphoses X, 728-730vers 8 apr. J.-C.une jeune fille, non nomméePerséphonenon précisé
Strabon, Géographie VIII, 3, 14vers 20 apr. J.-C.concubine d'HadèsPerséphonerivalité amoureuse
Oppien, Halieutiques IIIvers 177-180 apr. J.-C.nymphe du CocyteDéméterorgueil et défi verbal

Aucune source antique ne décrit d'intervention d'Hadès pour sauver la nymphe, ni de parfum donné en compensation. Ces éléments, très répandus dans les récits en ligne, n'apparaissent dans aucun des trois textes : ce sont des ajouts modernes.

Un mythe étiologique, pas une étymologie

Le mythe explique le nom de la plante ; il n'en est pas l'origine. Le grec μίνθη, mínthē, est tenu par les lexicographes pour un mot d'origine pré-hellénique, emprunté à un substrat antérieur à l'arrivée du grec, comme beaucoup de noms de plantes méditerranéennes. Une forme mi-ta apparaît par ailleurs sur des tablettes mycéniennes en linéaire B, entre le XIVe et le XIIIe siècle avant J.-C. ; son interprétation comme nom de la menthe est probable mais reste discutée.

Autrement dit, le nom précède la nymphe de plus d'un millénaire. Minthé est un personnage construit après coup pour donner une cause au mot et au toponyme, procédé courant dans la mythographie grecque. Le passage du grec au latin mentha, puis au français, est détaillé dans l'étymologie du mot menthe.

Ce que le mythe est devenu

La montagne existe toujours : le mont Minthi, en Élide occidentale, culmine à un peu plus de 1 300 mètres et porte encore le nom relevé par Strabon. Le récit, lui, a connu une seconde vie tardive. Absent des grands recueils mythologiques classiques, il est surtout diffusé à partir du XIXe siècle par les dictionnaires de mythologie et les ouvrages de botanique symbolique, puis massivement repris au XXIe siècle par la fiction et les réseaux sociaux, souvent sous une forme romancée.

Le lien entre la menthe et le monde souterrain n'est cependant pas une invention de Strabon. La plante apparaît dès l'Hymne homérique à Déméter, composé entre le VIIe et le VIe siècle avant J.-C., dans la composition du kykéon que boit la déesse. Ce point est développé dans la symbolique de la menthe.

Questions fréquentes

Quelle est la version la plus ancienne attestée ?

Celle d'Ovide, vers 8 après J.-C., mais elle se limite à deux vers d'allusion. Le plus ancien récit véritablement narratif est celui de Strabon, une quinzaine d'années plus tard, où c'est Perséphone qui piétine la nymphe.

Hadès a-t-il transformé Minthé pour la protéger ?

Aucun texte antique ne le dit. Les trois sources conservées font naître la plante de la destruction de la nymphe, sans intervention protectrice d'Hadès. La version où il lui accorde son parfum en consolation n'est attestée dans aucune source ancienne connue.

Le mot menthe vient-il du nom de la nymphe ?

C'est l'inverse. Le nom de la plante est antérieur, probablement pré-grec, et la nymphe a été imaginée pour l'expliquer, ainsi que le nom de la montagne d'Élide.


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