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Culture populaire · Moyen Âge

La menthe au Moyen Âge

Vers 795, le capitulaire De Villis ordonne la culture de quatre plantes du groupe des menthes dans les domaines de Charlemagne. C'est la première liste officielle européenne où la menthe figure, et elle pose déjà le problème qui traverse tout le Moyen Âge : les noms latins existent, les espèces derrière ces noms restent incertaines.

Le capitulaire De Villis, texte fondateur

Le capitulaire De Villis vel curtis imperialibus règle l'administration des domaines royaux carolingiens. Son chapitre 70 énumère les plantes que chaque jardin doit contenir, soit soixante-treize herbes et une liste d'arbres fruitiers. Quatre entrées relèvent du groupe des menthes ou de leurs proches parentes, ce qui en fait l'un des genres les mieux représentés de tout le texte, à égalité avec les alliacées.

Les noms du capitulaire De Villis et leur identification
Nom latinIdentification la plus retenue Degré de certitude
mentamUne menthe cultivée de jardin, vraisemblablement Mentha spicataProbable
mentastrumUne menthe sauvage à grandes feuilles, Mentha longifolia ou Mentha suaveolensProbable
sisimbriumLa menthe aquatique pour la majorité des commentateurs, un sisymbre ou un cresson pour d'autresContesté
pulediumLa menthe pouliot, Mentha pulegiumQuasi certain
neptamLa cataire, Nepeta cataria, qui n'appartient pas au genre MenthaQuasi certain

Une erreur revient sur presque toutes les listes recopiées en ligne : traduire mentam par « menthe poivrée ». C'est impossible. La menthe poivrée n'est décrite nulle part avant 1696, comme le montre l'histoire de la menthe. Le jardin de Charlemagne contenait des menthes vertes, des menthes sauvages et du pouliot, pas de menthol.

Le plan de Saint-Gall et le carré des simples

Autour de 820, le plan idéal dessiné pour l'abbaye de Saint-Gall représente un herbularius, jardin de plantes médicinales divisé en seize planches, chacune portant le nom d'une espèce. La menthe y occupe une planche, le pouliot une autre, le sisimbrium une troisième. Une planche sur cinq du jardin médicinal de l'abbaye est donc consacrée à des menthes ou à ce que l'on rangeait sous ce nom. Voir la menthe pouliot et la menthe aquatique.

Walahfrid Strabo et le premier aveu d'impuissance

Vers 840, le moine Walahfrid Strabo, abbé de Reichenau, écrit le Hortulus, poème latin en vingt-trois chapitres consacré à son propre jardin. Le chapitre sur les menthes est resté célèbre pour une raison inattendue : au lieu de décrire la plante, l'auteur renonce à les compter. Nommer toutes les sortes de menthe, écrit-il en substance, reviendrait à dénombrer les poissons de la mer Rouge ou les étincelles que Vulcain voit s'envoler de sa forge de l'Etna.

C'est, à notre connaissance, la plus ancienne déclaration écrite du problème taxonomique du genre. Un botaniste du IXe siècle constate exactement ce que la génétique a confirmé depuis : les menthes s'hybrident sans cesse et échappent au comptage. Voir les hybrides de menthe.

Hildegarde de Bingen et la médecine monastique

Vers 1150-1160, Hildegarde de Bingen consacre dans sa Physica plusieurs chapitres distincts à des menthes qu'elle nomme séparément, notamment une minza de jardin et une menthe aquatique. Elle les classe selon la logique humorale de son temps, chaude ou froide, sèche ou humide, et les oriente vers l'estomac et la digestion. C'est un usage traditionnel documenté, non un résultat expérimental : les indications digestives modernes de la menthe reposent sur d'autres travaux, résumés dans l'histoire médicinale de la menthe.

Ce que la transmission arabe apporte

Le Moyen Âge européen ne travaille pas en vase clos. Le Canon de la médecine d'Ibn Sina, achevé vers 1025, traite du naʿnāʿ et circule en latin à partir du XIIe siècle. Le Taqwīm al-ṣiḥḥa d'Ibn Butlan, composé au XIe siècle, passe en Occident sous le titre de Tacuinum sanitatis ; ses manuscrits enluminés de la fin du XIVe siècle consacrent une planche à la menthe, avec sa nature, son degré et le tempérament auquel elle convient. Ces images comptent parmi les plus anciennes représentations européennes fiables de menthes cultivées.

La menthe dans la cuisine et la maison médiévales

Le Ménagier de Paris, manuel domestique rédigé en 1393, cite la menthe parmi les herbes à tenir au jardin et l'emploie dans des préparations salées. Les sauces vertes des livres de cuisine français du XIVe siècle associent couramment persil, menthe, verjus et épices : c'est l'ancêtre lointain des sauces décrites dans la sauce à la menthe. La menthe sert aussi d'herbe de jonchée, répandue au sol pour parfumer et éloigner les insectes, un usage prolongé jusqu'au XVIIe siècle et cohérent avec les propriétés répulsives décrites dans la menthe comme répulsif naturel.

Questions fréquentes

Combien de menthes figurent dans le capitulaire De Villis ?

Quatre entrées sur les soixante-treize plantes du chapitre 70 se rapportent au groupe : mentam, mentastrum, sisimbrium et puledium. Une cinquième, neptam, désigne la cataire, qui n'est pas une menthe mais une Lamiacée voisine.

Les moines cultivaient-ils la menthe pour la cuisine ou pour la médecine ?

Pour les deux, mais dans des jardins séparés. Le plan de Saint-Gall distingue le jardin médicinal, adossé à l'infirmerie, du potager destiné à la table. La menthe apparaît dans le premier ; les listes du potager, elles, mettent l'accent sur les légumes.

Peut-on savoir quelle espèce précise poussait dans un jardin médiéval ?

Rarement. Les noms latins sont instables d'un manuscrit à l'autre, les descriptions morphologiques sont sommaires et les hybridations brouillent les caractères. Seules l'archéobotanique, par les graines et les pollens, et l'analyse des enluminures tardives apportent des indices, et ils restent partiels.


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