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Produit · Hygiène bucco-dentaire

Le dentifrice à la menthe

La menthe équipe la quasi-totalité des dentifrices vendus en Europe pour deux raisons techniques : le menthol produit une sensation de froid que le cerveau interprète comme de la propreté, et l'arôme masque le goût des tensioactifs et des abrasifs. Aucun de ces deux effets ne nettoie quoi que ce soit.

Pourquoi ce goût s'est imposé

Le menthol se fixe sur le récepteur TRPM8 des terminaisons nerveuses de la muqueuse, le même qui répond à une température basse. Le signal envoyé est un signal de froid, sans variation thermique réelle, et il persiste plusieurs minutes après le rinçage. Cette rémanence sert de marqueur temporel : elle dit au cerveau que le brossage a eu lieu et qu'il est terminé. Les travaux de perception sensorielle montrent que les utilisateurs jugent leur bouche plus propre avec un dentifrice mentholé qu'avec le même produit non aromatisé, à efficacité de plaque identique.

Le second rôle est correctif. Un dentifrice contient du laurylsulfate de sodium, amer et astringent, de la silice, farineuse, et des fluorures, franchement salins. Un arôme puissant et volatil couvre ces trois défauts mieux qu'un arôme doux. La menthe poivrée, riche en menthol, et la menthe verte, dominée par la carvone, sont les deux profils employés ; leur différence est décrite dans le comparatif poivrée ou verte.

Ce que contient réellement un tube

Composition type d'un dentifrice fluoré pour adulte, en pourcentage massique
FonctionIngrédients courants (INCI)Part
Phase aqueuseAqua20 à 40 %
HumectantsSorbitol, Glycerin20 à 40 %
AbrasifsHydrated Silica, Calcium Carbonate10 à 25 %
Agent fluoréSodium Fluoride, Sodium Monofluorophosphate0,10 à 0,15 % exprimé en fluor
TensioactifSodium Lauryl Sulfate0,5 à 2 %
ÉpaississantsXanthan Gum, Cellulose Gum, Carrageenan0,5 à 2 %
Arôme et édulcorantAroma, Menthol, Sodium Saccharin0,8 à 1,8 %
ConservateursSodium Benzoate, Benzyl Alcohol0,1 à 0,5 %

La part d'arôme est donc du même ordre que celle du principe actif fluoré. Rapportée à une noisette de 1 g, elle représente 8 à 18 mg, dont quelques milligrammes de menthol libre.

Le cadre réglementaire du tube

Un dentifrice est un cosmétique, régi par le règlement (CE) n° 1223/2009. Trois conséquences concrètes se lisent sur l'emballage.

  1. La teneur en fluor est plafonnée à 0,15 % exprimé en fluor, soit 1 500 ppm. Au-dessus, le produit relève du médicament et passe en pharmacie.
  2. Entre 0,1 et 0,15 % de fluor, et sans avertissement destiné aux enfants, l'étiquette doit porter la mention imposée par l'annexe III : utiliser chez l'enfant de six ans ou moins une quantité de la taille d'un petit pois, sous surveillance d'un adulte, afin de limiter l'ingestion.
  3. Les composants d'arôme classés allergènes, limonène et linalol notamment, doivent figurer nommément dans la liste INCI dès 0,01 % pour un produit rincé. Leur présence sur un dentifrice mentholé est fréquente et sans rapport avec la qualité du produit.

La liste INCI est ordonnée par teneur décroissante jusqu'à 1 %, puis dans un ordre libre. Le menthol et les colorants apparaissent donc en fin de liste sans que cela renseigne sur leur dosage exact.

Menthol ajouté ou arôme de menthe

Deux mentions cohabitent et ne veulent pas dire la même chose. Aroma désigne le mélange aromatique, dont la composition est couverte par le secret de formulation ; il peut être entièrement de synthèse. Menthol ou Mentha piperita Oil, déclarés à part, désignent respectivement une molécule isolée et une huile essentielle distillée. Un dentifrice qui affiche Mentha piperita Oil contient donc bien de la matière végétale distillée, mais souvent en complément d'un arôme technique. La logique de dénomination est la même que dans l'alimentaire, exposée dans la fiche sur les arômes de menthe.

Les alternatives sans menthe

Elles existent pour trois publics. Les enfants de moins de six ans, qui rejettent souvent la sensation de froid, disposent de gammes aromatisées fraise, banane ou chewing-gum, dosées entre 500 et 1 000 ppm de fluor. Les personnes gênées par le menthol, notamment celles qui souffrent de brûlures buccales ou de reflux, trouvent des formules à l'anis, à la réglisse, à la cannelle ou totalement neutres. Enfin, une partie des utilisateurs de traitements homéopathiques évite le menthol par tradition, sur la base d'un usage documenté ancien et non d'une démonstration expérimentale. Dans les trois cas, l'efficacité anticarie dépend du fluor, pas de l'arôme.

Une sensation de brûlure persistante, une desquamation de la muqueuse ou des aphtes répétés après le brossage justifient d'essayer une formule sans laurylsulfate de sodium et sans menthol, puis d'en parler à un chirurgien-dentiste ou à un médecin si la gêne persiste.

Questions fréquentes

Un dentifrice sans menthe nettoie-t-il moins bien ?

Non. L'élimination de la plaque dépend de l'action mécanique de la brosse et du temps de brossage, et la protection contre les caries dépend de la concentration en fluor. L'arôme ne joue que sur l'observance et sur la perception de propreté.

Pourquoi le jus d'orange a-t-il mauvais goût après le brossage ?

Le laurylsulfate de sodium inhibe temporairement la perception du sucré et supprime les phospholipides qui atténuent l'amertume. Le menthol résiduel ajoute un contraste froid. L'effet se dissipe en une trentaine de minutes.

Faut-il rincer la bouche après le brossage ?

Un rinçage abondant emporte le fluor déposé et raccourcit son temps de contact avec l'émail. Recracher sans rincer, ou rincer très peu, est la conduite recommandée par les sociétés d'odontologie. Le même raisonnement vaut pour le bain de bouche.


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