Santé · Niveau de preuve
Menthe et toux
L'inhalation de menthol réduit la sensibilité du réflexe de toux dans des essais cliniques contrôlés de laboratoire, mais aucun essai n'a démontré qu'elle réduisait une toux de la vie courante. La monographie européenne retient un usage traditionnel documenté, assorti de contre-indications strictes chez l'enfant.
Deux toux, deux logiques
La toux sèche naît d'une irritation des voies aériennes sans sécrétion à évacuer. La toux grasse mobilise du mucus et remplit une fonction utile : la freiner n'a pas d'intérêt. Cette distinction commande tout le reste, car les données sur le menthol portent sur la sensibilité du réflexe, donc sur le versant irritatif. Une toux qui produit des crachats abondants ou colorés, une toux fébrile, une toux avec essoufflement ou perte de poids ne relèvent pas de l'automédication.
Ce que mesurent les essais cliniques contrôlés
Le protocole classique consiste à faire inhaler à des volontaires un aérosol d'acide citrique ou de capsaïcine et à compter la concentration nécessaire pour déclencher la toux. Plusieurs essais cliniques contrôlés, menés sur des effectifs modestes, retrouvent que l'inhalation préalable de menthol élève ce seuil : il faut davantage d'irritant pour déclencher le réflexe. L'effet est de courte durée, de l'ordre de quelques dizaines de minutes, et disparaît lorsque l'inhalation cesse. Aucun de ces essais ne mesure une toux spontanée, en conditions réelles, sur plusieurs jours. Le passage du modèle de laboratoire à la toux d'un rhume n'a jamais été démontré.
Le mécanisme proposé fait intervenir l'activation du récepteur TRPM8 sur les fibres sensitives des voies aériennes, avec une inhibition partielle des fibres qui déclenchent le réflexe. Voir la fiche menthol pour la pharmacologie.
Allégations et niveau de preuve
| Allégation | Niveau de preuve | Ce que cela permet de dire |
|---|---|---|
| Élévation du seuil de toux après inhalation de menthol | Essais cliniques contrôlés en laboratoire | Effet réel sur un réflexe provoqué, courte durée, hors vie courante |
| Inhalation pour la toux du rhume | Monographie européenne, usage traditionnel documenté | Usage admis chez l'adulte, sans démonstration d'efficacité clinique |
| Pastilles mentholées | Usage traditionnel documenté, effet salivaire | Confort de gorge par salivation, pas d'action sur la cause |
| Effet antibactérien de l'huile essentielle | Donnée in vitro | Résultat de laboratoire, sans portée sur une bronchite |
| Toux grasse et expectoration | Aucune donnée clinique probante | Aucun effet expectorant ne peut être annoncé |
Formes traditionnellement employées chez l'adulte
L'infusion de feuilles reste la forme la plus sobre : 1 à 2 g de feuilles séchées pour 200 ml d'eau à 90 °C, 5 à 10 minutes, deux à trois fois par jour. La chaleur et l'hydratation apaisent la gorge indépendamment du menthol. Les pastilles du commerce contiennent couramment 1 à 10 mg de menthol par unité et agissent surtout en stimulant la salivation : voir la fiche pastilles. L'inhalation d'huile essentielle relève d'un cadre plus strict, exposé dans les voies d'utilisation et les précautions. Le miel, chez l'adulte et l'enfant de plus d'un an, dispose de données cliniques plus favorables que le menthol sur la toux nocturne.
Contre-indications à ne pas contourner
Le menthol et les dérivés terpéniques sont contre-indiqués chez l'enfant de moins de 30 mois et chez l'enfant ayant des antécédents de convulsions fébriles ou d'épilepsie, au titre d'une restriction réglementaire française. Chez le nourrisson, l'application de menthol près du nez ou de la bouche peut déclencher un spasme laryngé. L'huile essentielle par voie orale ne s'improvise pas et reste hors sujet chez l'enfant. Les repères par âge figurent dans menthe et enfants. Chez la personne asthmatique, les vapeurs mentholées peuvent au contraire irriter et majorer la toux.
Quand consulter
Une toux qui dépasse trois semaines, une toux accompagnée de fièvre persistante, de sang dans les crachats, d'un essoufflement au moindre effort, d'une douleur thoracique ou d'un amaigrissement impose une consultation. Chez le fumeur, une modification durable de la toux habituelle mérite le même réflexe. Une toux nocturne isolée, sans infection, peut relever d'un reflux : sujet traité dans menthe et reflux, d'autant que la menthe poivrée relâche le sphincter inférieur de l'œsophage.
Questions fréquentes
Les pastilles à la menthe calment-elles la toux ?
Elles apportent un soulagement de gorge par la salivation qu'elles provoquent, ce qui est un usage traditionnel documenté. Aucun essai clinique contrôlé ne montre qu'elles réduisent le nombre de quintes. Les versions sucrées apportent par ailleurs du sucre en quantité non négligeable.
Peut-on faire une inhalation à un enfant qui tousse ?
Avant 30 mois, non, en raison d'une contre-indication réglementaire sur les dérivés terpéniques. Au-delà, le risque de brûlure par l'eau chaude reste réel et la pratique se discute avec un médecin ou un pharmacien.
La menthe peut-elle aggraver une toux ?
Oui, dans deux cas documentés : chez la personne asthmatique, dont les bronches réagissent aux vapeurs irritantes, et en cas de reflux gastro-œsophagien, où le relâchement du sphincter favorise les remontées acides et la toux nocturne.
Aucune préparation mentholée chez l'enfant de moins de 30 mois ni en cas d'antécédent de convulsions ; prudence en cas d'asthme, de reflux, pendant la grossesse et l'allaitement. Une toux de plus de trois semaines, fébrile, sanglante ou accompagnée d'un essoufflement relève d'un médecin. Pour le choix d'une forme et sa compatibilité avec vos médicaments, demandez conseil à votre pharmacien.
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