Terroir · Cueillette
Cueillir de la menthe sauvage
Les menthes sauvages poussent partout où le sol reste humide : berges, fossés, prairies inondables, bords de sources de montagne. La cueillette est simple, mais elle se heurte à trois limites réelles : le droit de propriété, les espèces protégées et le risque parasitaire des milieux humides.
Reconnaître le milieu avant la plante
Chercher une menthe revient d'abord à lire un paysage. Le genre Mentha occupe les sols frais à engorgés, en pleine lumière ou à mi-ombre, du niveau de la mer à 2 000 mètres. Une berge de ruisseau, une mégaphorbiaie, un fossé de drainage, une prairie humide pâturée ou une zone de suintement en pied de pente sont les stations les plus productives. Sur sol sec, on ne trouve guère que la menthe à feuilles rondes, sur les talus et les bords de chemin.
| Espèce | Milieu | Repère de terrain | Usage |
|---|---|---|---|
| Mentha aquatica | Berges, fossés, marais, jusqu'à 1 000 m | Fleurs en boule terminale, feuilles souvent rougeâtres | Infusion, arôme mentholé et terreux |
| Mentha arvensis | Champs humides, chaumes, jusqu'à 1 500 m | Fleurs en couronnes à l'aisselle des feuilles, pas d'épi | Infusion, arôme franchement mentholé |
| Mentha longifolia | Alluvions et bords de torrents de montagne | Feuilles longues, gris-vert, très duveteuses dessous | Arôme rude, à doser prudemment |
| Mentha suaveolens | Talus, fossés, sols plus secs | Feuilles rondes, gaufrées, très velues | Douce, bonne en sirop et en tisane |
| Mentha pulegium | Mares temporaires, dépressions inondées l'hiver | Petite taille, verticilles étagés, odeur puissante | À laisser sur pied, riche en pulégone |
Les hybrides sont fréquents dès que deux espèces se côtoient, et ils brouillent les caractères. Pour trancher, voir la clé d'identification, les menthes sauvages et la menthe aquatique.
Quand cueillir
La fenêtre utile va de juin à septembre, avec un optimum juste avant l'ouverture des fleurs : c'est le moment où la teneur en huile essentielle de la feuille est la plus élevée. Cueillez le matin, après évaporation de la rosée et avant que le soleil ne chauffe le feuillage, car les monoterpènes s'évaporent d'autant plus vite que la feuille est chaude. Une station bien exposée fournit souvent une seconde repousse trois à quatre semaines après une première coupe.
Coupez aux ciseaux ou au sécateur, dix à quinze centimètres au-dessus du sol, et n'arrachez jamais : le rhizome porte la station entière et sa destruction supprime la reprise. La règle d'usage est de ne pas prélever plus du tiers d'une population et de laisser les pieds en fleur aux pollinisateurs, dont la menthe est une ressource tardive importante. Voir menthe et pollinisateurs.
Ce que dit le droit
Le sol appartient à quelqu'un, et les plantes qui y poussent aussi. Sur une parcelle privée, la cueillette suppose l'accord du propriétaire ou de l'exploitant. En forêt domaniale et communale, une tolérance existe pour une cueillette familiale de faible volume, mais elle peut être restreinte par arrêté. Dans le cœur des parcs nationaux et dans les réserves naturelles, la cueillette est réglementée, parfois interdite.
Le second garde-fou tient aux espèces protégées. Plusieurs arrêtés régionaux protègent des menthes, notamment Mentha pulegium dans des régions où ses mares temporaires ont régressé. Une espèce protégée ne se cueille pas, même en petite quantité, même sur un terrain privé. Vérifiez l'arrêté de votre région avant de prélever une menthe de petite taille en milieu inondable.
Le pouliot cumule les deux raisons de s'abstenir : il est localement protégé et son huile essentielle est riche en pulégone, hépatotoxique à dose élevée selon des données toxicologiques établies. Voir la toxicité du pouliot et la fiche de l'espèce.
Les risques sanitaires des milieux humides
C'est le point le plus souvent négligé. Deux parasitoses concernent directement les plantes récoltées au ras du sol en zone humide. La grande douve du foie se transmet par des kystes déposés sur la végétation des prairies pâturées par les bovins et les ovins. L'échinococcose alvéolaire se transmet par des œufs présents dans les déjections de renard, avec une répartition concentrée sur le quart nord-est de la France et le Massif central.
Le lavage, même soigneux, ne suffit pas à éliminer ces formes infectantes, et la congélation domestique à -18 °C n'est pas fiable contre les œufs d'échinocoque. Seule la chaleur les détruit : une cuisson ou une infusion à l'eau frémissante lève le risque. En pratique, consommez la menthe de cueillette humide en infusion ou en sirop cuit, et réservez la consommation crue à la menthe de jardin. Voir laver la menthe et le séchage.
Restent les contaminations chimiques. Évitez les bords de route à fort trafic, les lisières de parcelles traitées, les fossés recevant des rejets et les friches industrielles. Une bande de dix à vingt mètres de recul suffit dans la plupart des cas.
Questions fréquentes
Toutes les menthes sauvages sont-elles comestibles ?
Les menthes du genre Mentha ne comptent pas d'espèce toxique à usage alimentaire courant, à l'exception notable du pouliot, riche en pulégone. Le vrai risque tient à la confusion avec d'autres labiées et au milieu de récolte. Voir les menthes comestibles et les faux amis.
Peut-on transplanter une menthe sauvage au jardin ?
Techniquement, un éclat de rhizome reprend très facilement. Juridiquement, le prélèvement de plants entiers est plus encadré que celui de quelques tiges, et il détruit la station. Prélevez plutôt une tige et bouturez-la : voir le bouturage.
Une menthe sauvage a-t-elle le même goût qu'une menthe cultivée ?
Rarement. Les populations sauvages sont génétiquement hétérogènes et souvent hybrides : d'une station à l'autre, on passe d'un arôme mentholé net à une odeur moisie ou camphrée. Froissez toujours une feuille avant de récolter une station entière.
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