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Terroirs · Maroc

La menthe au Maroc

Le Maroc cultive la menthe comme un légume-feuille : en planches irriguées, coupée toutes les trois à cinq semaines, vendue en bottes le jour même. Le pays en consomme l'essentiel lui-même, dans le thé, et exporte le solde vers l'Europe pendant la saison froide.

Une menthe verte, pas une menthe poivrée

La menthe marocaine est une menthe verte, Mentha spicata, dans un ensemble de clones locaux regroupés sous le nom de nanaâ. Elle ne contient pratiquement pas de menthol : son arôme repose sur la carvone, qui donne une odeur douce, herbacée et légèrement anisée, adaptée à une infusion longue et très sucrée. C'est une différence fondamentale avec les menthes de distillation cultivées ailleurs, et elle explique que le Maroc ne pèse presque rien sur le marché de l'huile essentielle. Voir la menthe marocaine et la nanah.

Une seconde espèce joue un rôle saisonnier : le pouliot, Mentha pulegium, appelé fliyou, utilisé en hiver dans le thé et les infusions. Sa composition est très différente, dominée par la pulégone, et son huile essentielle est toxique. Voir la menthe pouliot.

Les zones de production

La menthe se cultive partout où il y a de l'eau, ce qui au Maroc signifie les grands périmètres irrigués et les ceintures maraîchères des villes. Le bassin de Meknès et les pentes du Zerhoun jouissent de la meilleure réputation commerciale, attribuée localement à la fraîcheur des nuits et à des sols argilo-calcaires profonds. Le Gharb et le Loukkos fournissent les volumes, le Souss assure la production hivernale grâce à des températures qui descendent rarement sous 10 °C, et le Haouz de Marrakech alimente le marché intérieur en saison chaude.

Les surfaces nationales se situent, selon les estimations professionnelles, dans un ordre de grandeur de 5 000 à 10 000 hectares, très majoritairement en petites parcelles de moins d'un hectare. Le nombre d'exploitations concernées se compte en dizaines de milliers, souvent en polyculture maraîchère.

Un calendrier de coupes, pas une récolte annuelle

Conduite type de la menthe en planches irriguées au Maroc
PosteOrdre de grandeur
Densité de plantation30 000 à 60 000 éclats de stolon par hectare
Intervalle entre deux coupes25 à 40 jours selon la saison
Nombre de coupes par an6 à 10 en zone chaude irriguée
Rendement cumulé en herbe fraîche30 à 60 tonnes par hectare et par an
Durée de vie de la planche2 à 4 ans avant replantation
Besoin en eauIrrigation gravitaire ou localisée toute l'année

Cette conduite intensive impose une fertilisation azotée régulière et un désherbage manuel fréquent. Elle explique aussi la fragilité sanitaire de la filière : coupée jeune, lavée à l'eau du périmètre et vendue en bottes non refroidies, la menthe est un produit à risque, surveillé pour ses résidus de pesticides et sa charge microbienne.

Une menthe fraîche achetée en botte, quelle que soit son origine, se lave soigneusement à l'eau courante avant usage, en particulier si elle est consommée crue. La méthode est décrite dans laver la menthe.

Le débouché principal reste intérieur

Le Maroc figure parmi les tout premiers consommateurs de thé vert au monde, avec des importations de l'ordre de plusieurs dizaines de milliers de tonnes par an, essentiellement du gunpowder chinois. Chaque verre associe ce thé, du sucre en quantité importante et un bouquet de menthe fraîche : la demande domestique absorbe donc l'essentiel de la production nationale, tous les jours de l'année. Le rituel et les proportions sont détaillés dans le thé marocain et le thé à la menthe.

La menthe est aussi un ingrédient culinaire courant, dans les salades, les tajines de viande hachée et les brochettes. Voir la cuisine marocaine.

Exportation et contraintes de marché

Le solde exportable part surtout entre octobre et mai vers la France, l'Espagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, période où la production européenne de plein champ est à l'arrêt. Les volumes se comptent en milliers de tonnes, très loin des exportations de tomate ou de haricot vert, mais avec une valeur unitaire correcte. Deux contraintes pèsent sur ce courant. La première est logistique : une botte de menthe se dégrade en 48 à 72 heures sans chaîne du froid continue à 2-4 °C. La seconde est réglementaire : les alertes européennes pour dépassement de limites maximales de résidus visent régulièrement les herbes fraîches importées, ce qui a conduit à un durcissement des contrôles au départ. Ces flux s'inscrivent dans le cadre décrit par le commerce mondial de la menthe, et se comparent à la position égyptienne exposée dans la menthe en Égypte.

Questions fréquentes

La menthe marocaine et la menthe nanah sont-elles la même plante ?

Pratiquement. Nanaâ désigne en arabe marocain la menthe de thé, c'est-à-dire un ensemble de clones de menthe verte sélectionnés pour leur douceur et leur port dressé. Le nom commercial français « menthe marocaine » recouvre ces mêmes clones, cultivés aussi bien au Maroc qu'en Europe.

Le Maroc produit-il de l'huile essentielle de menthe ?

Très peu. La menthe verte marocaine donne une essence à carvone dont le marché mondial est étroit, et les surfaces sont mobilisées par le frais, bien mieux rémunéré. Les grandes productions d'essence se trouvent en Inde, en Chine et aux États-Unis.

Pourquoi la menthe marocaine tient-elle mal en bouquet ?

Parce qu'elle est récoltée jeune, avec des tiges tendres et peu lignifiées, à forte transpiration. Sans eau ni froid, elle noircit en un à deux jours. Un pied de tige recoupé et un verre d'eau au réfrigérateur prolongent la tenue de plusieurs jours, comme le détaille la conservation de la menthe fraîche.


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