Cultivar · Mentha spicata nanah
La menthe marocaine (nanah)
La menthe marocaine n'est pas une espèce : c'est un cultivar de menthe verte sélectionné au Maghreb pour un seul usage, le thé. Son feuillage gaufré et son huile essentielle riche en carvone lui permettent d'infuser dix minutes dans de l'eau à 90 °C sans libérer l'amertume qui gâcherait la même infusion faite avec une menthe mentholée.
Ce que le nom recouvre en botanique
La plante vendue sous ce nom est Mentha spicata L., cultivar nanah, parfois écrit naanaa ou nana selon la transcription de l'arabe. Elle n'a pas de rang botanique propre : ni espèce, ni sous-espèce reconnue, mais une sélection horticole maintenue par bouturage depuis des générations. Le lien de parenté avec la menthe verte européenne est direct, et les deux partagent le même profil chimique dominé par la carvone.
Comme tout matériel multiplié végétativement, le cultivar dérive : les pieds cultivés au Maroc, en Égypte, en Espagne et en France sous cette étiquette ne sont pas rigoureusement identiques. Les différences portent sur la taille de la feuille, l'intensité du gaufrage et la puissance aromatique, rarement sur la nature de l'arôme. Ce que le nom nanah désigne exactement, et pourquoi il circule aussi comme simple synonyme d'infusion, est développé sur la fiche menthe nanah.
Comment la reconnaître
| Organe | Caractère observable |
|---|---|
| Tige | Section carrée, vert clair, dressée puis retombante au-delà de 40 cm |
| Feuille | Sessile, lancéolée, 4 à 7 cm, vert vif, surface nettement gaufrée entre les nervures |
| Fleurs | Épi terminal effilé, blanc à lilas très pâle, floraison faible et tardive en pot |
| Odeur | Sucrée et fraîche, note anisée franche, aucune sensation de froid |
| Taille | 30 à 60 cm en pot, jusqu'à 80 cm en pleine terre irriguée |
| Port | Touffe dense, ramifiée dès la base, stolons courts |
Le gaufrage marqué du limbe et la feuille sans pétiole distinguent la marocaine de la plupart des menthes vendues en jardinerie. Le test décisif reste olfactif : froissée, elle sent le sucre et l'anis, jamais le froid. Une menthe qui refroidit la bouche n'est pas une marocaine.
Pourquoi elle convient au thé et les autres non
Son huile essentielle est dominée par la carvone, couramment 50 à 75 % du total, avec du limonène et des traces d'esters. Le menthol y est absent ou marginal. Cette composition règle tout le comportement de la feuille à l'infusion.
Une menthe mentholée placée dans de l'eau très chaude libère rapidement son menthol, qui apporte une amertume froide et masque les tanins du thé vert. La carvone, elle, reste sur un registre sucré et se marie aux catéchines du gunpowder sans les écraser. C'est aussi pourquoi la menthe marocaine supporte le sucre en quantité : la note anisée s'accorde au sucré, là où le menthol s'y oppose. La comparaison complète des variétés utilisables figure sur quelle menthe pour le thé, et le geste de préparation sur le thé à la menthe et le thé marocain.
La cultiver en pot
La menthe marocaine s'accommode mal du froid humide prolongé et supporte moins bien le gel sévère que la menthe verte européenne : en dessous de -10 °C, la souche peut être perdue en sol lourd. La culture en contenant règle le problème et facilite la rentrée en abri. Un pot de 25 à 30 cm de diamètre, soit 12 à 18 litres, suffit pour un pied productif ; le substrat associe terreau de plantation et 20 à 30 % de compost mûr, arrosé dès que les deux premiers centimètres sèchent. Les gestes détaillés sont sur la menthe en pot et dans la rubrique culture.
Deux erreurs reviennent. La première est de laisser fleurir : la feuille devient coriace et son huile essentielle chute nettement après l'ouverture des épis. La seconde est de récolter feuille par feuille, ce qui épuise la plante sans la ramifier. La bonne pratique consiste à couper des tiges entières au-dessus d'une paire de feuilles, à 10 ou 15 cm du sol, deux à quatre fois par saison. Voir la récolte.
Le rendement reste modeste comparé à une culture de pleine terre : un pot de 15 litres bien conduit fournit couramment 150 à 300 g de tiges fraîches par saison, soit de quoi préparer une quarantaine de théières. Pour une consommation quotidienne, il faut compter deux à trois pieds, échelonnés en taille pour que la repousse de l'un couvre la coupe de l'autre. Le substrat s'épuise en une saison sous ce régime : un rempotage annuel au printemps, ou au minimum un surfaçage de compost de 2 à 3 cm, évite le jaunissement des feuilles basses en été.
Fraîche, séchée, et sa filière
Au Maroc, la menthe du thé se consomme presque exclusivement fraîche, achetée en botte le jour même. La feuille séchée, elle, perd une part importante de ses composés volatils et donne une infusion plus plate et plus herbacée : elle dépanne mais ne remplace pas. Les conditions d'un séchage qui limite cette perte, autour de 35 °C à l'obscurité, sont décrites sur sécher la menthe. Le contexte de production et les zones de culture marocaines sont traités sur le terroir marocain, et les emplois hors thé sur la cuisine marocaine.
La menthe fraîche vendue en botte est un produit cru, souvent irrigué en maraîchage. Un lavage à l'eau courante puis un trempage court éliminent la terre et une partie des résidus de surface. Les personnes immunodéprimées et les femmes enceintes ont intérêt à préférer la feuille passée à l'eau bouillante, comme dans le thé.
Questions fréquentes
Menthe marocaine et menthe nanah sont-elles la même plante ?
Dans le commerce français, oui dans la grande majorité des cas : les deux étiquettes désignent le même cultivar de menthe verte. Le mot nanah signifie simplement menthe en arabe et sert aussi de nom générique, ce qui explique les flottements d'un vendeur à l'autre.
Peut-on la remplacer par de la menthe poivrée dans le thé ?
Le résultat change de nature. Le menthol de la poivrée domine le thé et laisse une amertume froide, surtout avec du sucre. Si c'est la seule menthe disponible, comptez deux à trois feuilles pour un demi-litre au lieu d'une poignée, et infusez moins longtemps.
Pourquoi ma menthe marocaine perd-elle son goût en été ?
Deux causes se cumulent en général : la montée à fleur, qui détourne la plante de la production foliaire et fait chuter la teneur en huile essentielle, et le stress hydrique, qui réduit la surface des feuilles. Rabattre avant floraison et maintenir le substrat frais restaure l'arôme en trois à quatre semaines.
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