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Culture · Langage des fleurs

La menthe dans le langage des fleurs

Dans les dictionnaires floraux du XIXe siècle, la menthe signifie la vertu, la menthe poivrée la chaleur de sentiment et le pouliot la fuite. Ces attributions sont vérifiables dans un ouvrage précis, daté de 1884 ; les versions françaises couramment recopiées aujourd'hui sont beaucoup plus difficiles à tracer.

Ce que disent les dictionnaires floraux

Le relevé le plus sûr provient du Language of Flowers illustré par Kate Greenaway, publié à Londres chez Routledge en 1884, qui reste l'ouvrage de floriographie le plus consulté en langue anglaise. Son dictionnaire alphabétique attribue à chaque plante une seule formule, sans commentaire.

Menthes et plantes voisines dans Kate Greenaway, Language of Flowers, Londres, 1884
EntréeSens attribuéTraduction
MintVirtuela vertu
SpearmintWarmth of sentimentla chaleur du sentiment
PeppermintWarmth of feelingla chaleur de l'affection
PennyroyalFlee awayfuis loin d'ici
BalmSympathyla sympathie

La distinction entre les trois menthes est instructive : le genre entier reçoit une valeur morale, la vertu, tandis que les deux espèces cultivées reçoivent une valeur affective. Le pouliot, lui, sort complètement du système avec une injonction de fuite, cohérente avec son emploi séculaire comme insectifuge. La mélisse, souvent confondue avec une menthe, reçoit encore un autre sens. Voir la menthe poivrée et la menthe pouliot.

D'où vient ce code

Le langage des fleurs n'est pas une tradition populaire transmise. C'est une construction éditoriale du XIXe siècle, née à Paris et diffusée à Londres. Le livre fondateur est Le Langage des fleurs, publié à Paris en 1819 sous le nom de Charlotte de Latour, pseudonyme généralement identifié à Louise Cortambert. Son succès entraîne des dizaines de compilations concurrentes, chacune recopiant et modifiant la précédente.

L'origine orientale souvent invoquée mérite une correction. Les lettres de Lady Mary Wortley Montagu, écrites en 1717 depuis Constantinople et publiées en 1763, décrivent bien un usage turc, le sélam ; mais ce système fonctionne par rime entre le nom de l'objet et un mot du message, non par symbolisme floral. Les codes européens s'en sont réclamés sans en reprendre le mécanisme. L'historienne Beverly Seaton, dans The Language of Flowers: A History paru en 1995, a établi le caractère largement inventé de ces répertoires.

Le cas français : ce qu'on ne peut pas vérifier

Les sites francophones attribuent couramment à la menthe la vertu, et à la menthe poivrée la chaleur de sentiment ou le charme, en renvoyant vaguement aux dictionnaires du XIXe siècle. Ces formules correspondent mot pour mot aux entrées anglaises de 1884 : la piste la plus probable est celle d'une traduction tardive, pas d'une tradition française parallèle.

La menthe ne figure d'ailleurs pas parmi les entrées vedettes des recueils français, qui privilégient les fleurs de bouquet. Faute d'avoir pu consulter directement une édition datée de Latour comportant une entrée « menthe », le plus honnête est de dire que l'attribution française n'est pas établie et de citer la source anglaise, qui l'est. Une variante ancienne peut exister dans une édition que nous n'avons pas dépouillée.

Pourquoi la menthe y tient une place marginale

Trois raisons concourent. La floriographie du XIXe siècle est un art du bouquet offert : elle privilégie les plantes à fleur voyante, ce que la menthe n'est pas. Son épi lilas pâle, ouvert de juillet à septembre, est petit et se fane vite une fois coupé. Voir la floraison de la menthe.

Ensuite, la menthe est classée comme plante utilitaire, du potager et de l'officine, et non comme plante d'ornement ; les recueils la traitent au même rang que le persil ou la sauge. Enfin, son message olfactif est trop univoque : le langage des fleurs joue sur la nuance et l'ambiguïté, là où l'odeur de la menthe s'impose sans équivoque possible.

Usages actuels

La menthe revient aujourd'hui dans les bouquets par une autre porte : celle du feuillage aromatique. Les fleuristes l'emploient pour sa tenue en vase, de cinq à huit jours si les tiges sont recoupées en biseau et l'eau changée tous les deux jours, et pour le parfum qu'elle libère au moindre frôlement. Le sens attribué a suivi ce déplacement : on l'offre pour la fraîcheur et le soin, pas pour la vertu.

Dans un bouquet de mariage ou un envoi de convalescence, la référence explicite au code de 1884 reste possible mais elle n'est plus comprise sans explication. Le code floral a cessé d'être une langue partagée vers la fin du XIXe siècle, en même temps que le protocole social qui le rendait utile.

Questions fréquentes

Que signifie offrir de la menthe ?

Selon le code de 1884, la vertu pour la menthe en général, la chaleur de sentiment pour la menthe verte, l'affection pour la menthe poivrée. Aucun destinataire ne le décodera spontanément aujourd'hui : mieux vaut accompagner le geste d'un mot.

Le pouliot signifie-t-il vraiment « fuis loin d'ici » ?

C'est bien l'entrée du dictionnaire de 1884. Le sens s'explique par l'usage du pouliot comme insectifuge, attesté depuis l'Antiquité et inscrit jusque dans son nom latin, pulegium, dérivé de pulex, la puce.

Ces significations sont-elles anciennes ?

Non. Elles datent du XIXe siècle et ont été fabriquées par des éditeurs, chaque recueil copiant et modifiant le précédent. Elles ne prolongent aucune tradition antique ou médiévale identifiée.


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