Fausse menthe · Tanacetum balsamita
La menthe-coq (Tanacetum balsamita)
La menthe-coq n'appartient pas au genre Mentha ni même à la famille des Lamiacées : c'est une Astéracée, cousine de la tanaisie et de la camomille. Son nom vient d'un parfum balsamique où l'on croit reconnaître la menthe, porté par la carvone.
Pourquoi elle n'est pas une menthe
Le nom accepté est Tanacetum balsamita L., avec pour synonymes Chrysanthemum balsamita et Balsamita major. Trois caractères l'excluent du genre Mentha sans discussion : sa tige est ronde et non carrée, ses feuilles sont alternes et non opposées, et ses fleurs sont groupées en capitules d'Astéracée et non en verticilles de Lamiacée. Elle figure donc parmi les faux amis de la menthe, aux côtés de la monarde et de l'herbe aux chats.
Ses noms vernaculaires disent la confusion : menthe-coq, grande balsamite, herbe au coq, baume-coq, herbe Sainte-Marie. En anglais, elle est appelée costmary ou alecost, ce dernier nom renvoyant directement à son ancien usage brassicole.
Origine et diffusion
L'espèce est originaire d'Asie occidentale, du Caucase et d'Iran. Cultivée dans l'Antiquité méditerranéenne, elle se diffuse en Europe par les jardins monastiques : le capitulaire De villis de Charlemagne, vers 800, mentionne la costum parmi les plantes à cultiver, et elle figure dans les plans de jardins médiévaux. Voir la menthe au Moyen Âge et l'histoire des usages. Naturalisée localement en France, elle persiste surtout autour des anciens presbytères et des vieux jardins.
Comment la reconnaître
| Organe | Caractère |
|---|---|
| Tige | Ronde, cannelée, dressée, rigide, ramifiée seulement dans le haut |
| Feuille | Alterne, ovale-elliptique, finement crénelée, gris-vert velouté, 15 à 30 cm à la base |
| Fleurs | Capitules jaunes en bouton de guêtre, groupés en corymbe, de juillet à septembre |
| Odeur | Balsamique et mentholée au froissement, avec une amertume nette et une note camphrée |
| Taille | 60 à 120 cm en fleur, la rosette de feuilles restant sous 40 cm |
La feuille basale, longue, gris-vert et douce au toucher, est le caractère le plus reconnaissable hors floraison. Elle n'a aucun équivalent chez les menthes vraies, dont les feuilles dépassent rarement 9 cm.
Un parfum de carvone, pas de menthol
Deux chémotypes sont documentés dans l'espèce. Le premier, dit type carvone, doit son odeur à la carvone, la même molécule qui domine l'huile essentielle de la menthe verte : c'est lui qui vaut à la plante son nom de menthe et son usage culinaire. Le second, dit type camphre, est dominé par le camphre et parfois la thuyone, avec une odeur nettement médicinale et un intérêt gastronomique nul.
La conséquence pour le jardinier est concrète : deux plants vendus sous le même nom peuvent avoir des odeurs très différentes. Le seul test valable est le froissement d'une feuille avant achat. Ce qui manque dans tous les cas, c'est le menthol : la menthe-coq ne produit pas d'effet de froid en bouche, contrairement à la menthe poivrée. Elle apporte de l'amertume aromatique là où une menthe apporte de la fraîcheur.
Usages traditionnels
Avant la généralisation du houblon, les feuilles servaient en Angleterre à aromatiser et à conserver la bière, d'où le nom d'alecost. Elles entraient aussi dans des vins aromatisés et des liqueurs monastiques. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
En cuisine, l'emploi reste très mesuré : une demi-feuille ciselée suffit dans une farce, une omelette, une salade de pommes de terre ou un fromage frais, car l'amertume monte vite. Les feuilles sèchent bien et gardent leur parfum plus d'un an, méthode décrite dans sécher la menthe. Un usage documenté de longue date, non validé par des essais cliniques, consiste à glisser une feuille séchée dans un livre comme marque-page parfumé et répulsif à insectes, d'où le surnom anglais de Bible leaf.
En phytothérapie traditionnelle, la plante a été employée en digestif et en application sur les piqûres. Ces usages relèvent de la tradition documentée et non d'essais cliniques contrôlés.
La présence de thuyone dans le chémotype camphré appelle à la prudence : pas d'infusion quotidienne prolongée, pas d'usage chez la femme enceinte ou allaitante ni chez le jeune enfant. Pour toute utilisation autre qu'un condiment occasionnel, demander l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien.
La cultiver
Elle réclame l'inverse des menthes vraies : sol drainant, même pauvre et calcaire, exposition plein soleil, arrosage rare une fois installée. Un excès d'eau hivernal fait pourrir le collet. Rustique au-delà de -20 °C, elle forme une touffe de 60 à 80 cm de large en trois ans. En climat frais et sous ombrage, elle fleurit peu ou pas, sans que cela nuise au feuillage.
La multiplication se fait par division de touffe en mars ou en septembre, le semis étant lent et peu fiable. Contrairement aux menthes, elle ne produit pas de stolons traçants et ne nécessite aucune barrière de confinement, ce qui la rend bien plus facile à tenir en massif. Les principes de culture des aromatiques sont réunis dans la rubrique culture.
Questions fréquentes
Peut-on la substituer à la menthe dans une recette ?
Rarement, et jamais à quantité égale. Elle apporte une amertume balsamique que la menthe n'a pas, et aucun effet de fraîcheur. Compter une feuille de menthe-coq pour cinq feuilles de menthe verte, et goûter en cours de préparation. Voir les substituts de la menthe.
Pourquoi certains plants ne sentent-ils pas la menthe ?
Parce qu'ils appartiennent au chémotype camphré, dominé par le camphre plutôt que par la carvone. Le caractère est génétique et ne change pas avec la culture.
Est-elle envahissante ?
Non. Elle s'étale lentement par une souche compacte, sans stolons souterrains, contrairement aux menthes traçantes.
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