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Santé · Niveau de preuve

Menthe et migraine

Le menthol appliqué sur le front en solution à 10 % a fait l'objet de deux essais cliniques contrôlés de petite taille dans la crise migraineuse, avec des résultats favorables mais peu répliqués. La feuille de menthe et l'infusion, elles, n'ont jamais été évaluées sur la migraine dans un essai clinique contrôlé.

Migraine ou céphalée de tension : la distinction change tout

La migraine est une céphalée pulsatile, souvent unilatérale, aggravée par l'effort, qui dure de 4 à 72 heures et s'accompagne de nausées ou d'une gêne à la lumière et au bruit. La céphalée de tension, plus fréquente, serre le crâne en casque des deux côtés et ne se majore pas à l'effort. Les données disponibles sur la menthe ne sont pas les mêmes pour ces deux situations : la céphalée de tension est traitée à part dans la fiche mal de tête. Confondre les deux conduit à prêter au menthol des résultats obtenus sur un autre tableau clinique.

Ce que montrent les essais cliniques contrôlés

Deux essais cliniques contrôlés randomisés, menés en Iran sur des effectifs de l'ordre de quelques dizaines de participants, ont comparé une solution cutanée de menthol à 10 % en base éthanolique à un placebo, appliquée sur le front et les tempes dès le début de la crise. Les auteurs rapportent une proportion plus élevée de participants soulagés à deux heures dans le groupe menthol. Ces essais restent limités par leur taille, par leur origine géographique unique et par la difficulté d'aveugler un produit qui produit une sensation de froid immédiate : le participant devine son groupe. Aucune méta-analyse de niveau élevé n'a consolidé ce signal à ce jour, et les recommandations neurologiques françaises ne mentionnent pas le menthol.

Le mécanisme est en revanche bien décrit par des données expérimentales : le menthol active le récepteur TRPM8 des terminaisons nerveuses cutanées, ce qui déclenche une sensation de froid sans refroidissement réel, et module la perception douloureuse par un effet de contre-stimulation. Le détail figure dans la fiche menthol.

Allégations et niveau de preuve

Menthe, menthol et migraine : ce que chaque niveau de preuve permet de dire
AllégationNiveau de preuveCe que cela permet de dire
Menthol cutané à 10 % pendant la criseDeux essais cliniques contrôlés randomisés de petite tailleSignal favorable sur la douleur à deux heures, non confirmé à large échelle
Huile essentielle de menthe poivrée diluée sur les tempesUsage traditionnel documenté et monographie européenne de la planteUsage admis en tradition, sans démonstration spécifique dans la migraine
Effet de froid et contre-stimulationDonnée expérimentale sur le récepteur TRPM8Le mécanisme est établi, l'ampleur du bénéfice clinique ne l'est pas
Infusion de feuilles pendant une criseAucune donnée cliniqueRien ne permet d'annoncer un effet sur la douleur migraineuse
Réduction de la fréquence des crisesAucune donnée cliniqueAucun effet préventif ne peut être avancé

Les formes réellement utilisées

Trois formes circulent. La solution ou le gel de menthol à 10 %, celle des essais, se dépose en couche fine sur le front et les tempes. L'huile essentielle de menthe poivrée diluée à 5 ou 10 % dans une huile végétale reproduit approximativement la même concentration en menthol, sans avoir été évaluée comme telle : voir le calcul des dilutions et l'usage de l'huile essentielle sur les céphalées. Les sticks et roll-on du commerce, décrits dans la fiche roll-on, contiennent couramment 3 à 10 % de menthol ou d'huile essentielle. Dans tous les cas, l'application reste à distance des yeux et des muqueuses.

Ce qui doit conduire à consulter sans attendre

Certains signes n'appartiennent pas au registre de l'automédication. Une céphalée d'installation brutale, atteignant son maximum en moins d'une minute, une céphalée accompagnée de fièvre et de raideur de la nuque, un déficit neurologique qui persiste après la crise, une première céphalée sévère après 50 ans ou une douleur qui s'aggrave de semaine en semaine imposent un avis médical rapide. Une migraine qui impose plus de deux jours de médicaments antalgiques par semaine relève également d'une consultation, en raison du risque de céphalée par abus médicamenteux.

Voie orale : peu de rapport avec la migraine

Les usages digestifs de la menthe poivrée reposent sur des essais cliniques contrôlés solides, mais ils concernent le côlon irritable et la dyspepsie, pas la douleur crânienne. La nausée qui accompagne une migraine appartient à un autre dossier, traité dans la fiche nausées. Une infusion tiède reste une boisson confortable pendant une crise, sans qu'un effet analgésique puisse lui être attribué. La synthèse des travaux publiés sur le genre Mentha figure dans la revue des études.

Questions fréquentes

Le stick mentholé peut-il remplacer un médicament de crise ?

Non. Les essais cliniques contrôlés disponibles comparent le menthol à un placebo, jamais à un antimigraineux de référence. Un traitement de crise prescrit ne se remplace pas de sa propre initiative : la question se pose avec un médecin ou un pharmacien.

Peut-on appliquer l'huile essentielle pure sur les tempes ?

Non. L'huile essentielle de menthe poivrée pure irrite la peau fine des tempes et migre facilement vers l'œil, où elle provoque une douleur intense. Elle se dilue toujours dans une huile végétale, et jamais chez l'enfant. Voir les précautions d'emploi.

La menthe peut-elle déclencher une migraine ?

Des odeurs fortes figurent parmi les facteurs déclenchants rapportés par les personnes migraineuses, et le menthol en fait partie chez certaines. Cette observation repose sur des questionnaires déclaratifs, pas sur un essai clinique contrôlé. Si l'odeur aggrave la crise, la conduite raisonnable est de l'écarter.

Cette page décrit des usages, elle ne remplace pas une consultation. L'huile essentielle de menthe poivrée et les préparations mentholées sont contre-indiquées chez le nourrisson et le jeune enfant, déconseillées pendant la grossesse et l'allaitement, et à éviter en cas d'épilepsie ou d'antécédent de convulsions. Toute céphalée inhabituelle, brutale ou accompagnée de signes neurologiques appelle un avis médical sans délai. Pour un traitement de fond ou de crise, la décision revient au médecin ou au pharmacien.


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