Espèce · Mentha longifolia
La menthe à longues feuilles
Mentha longifolia est une vraie espèce, fertile et sauvage, qu'on rencontre au bord des ruisseaux et dans les fossés de presque toute la France. Ses feuilles sessiles, étroites et couvertes d'un feutrage gris la distinguent de toutes les menthes de jardin.
Une espèce vraie, pas un hybride
Le nom complet est Mentha longifolia (L.) Huds., publié en 1762. Elle est aussi appelée menthe sylvestre ou baume sauvage. Contrairement à la menthe poivrée, elle ne porte pas le signe « × » : c'est une espèce diploïde, à 2n = 24 chromosomes, qui produit des graines viables et se ressème seule. Cette fertilité en fait un parent majeur du genre. La menthe verte est aujourd'hui considérée par la plupart des auteurs comme issue d'un croisement ancien entre Mentha longifolia et Mentha suaveolens, stabilisé puis cultivé. Voir les hybrides de menthe.
Son aire naturelle est très vaste : Europe, Afrique du Nord, Proche-Orient, Asie centrale, et jusqu'en Afrique australe pour les formes rattachées à l'espèce au sens large. Cette amplitude explique une variabilité déconcertante d'une population à l'autre, en pilosité comme en odeur.
Comment la reconnaître
| Organe | Caractère |
|---|---|
| Tige | Section carrée, dressée, densément couverte de poils courts, gris-vert |
| Feuille | Sessile ou presque, oblongue-lancéolée, 4 à 9 cm, dentée, feutrée de blanc dessous |
| Fleurs | Épi terminal étroit et allongé, 4 à 10 cm, lilas pâle, de juillet à septembre |
| Odeur | Variable selon les populations, souvent âcre, camphrée ou musquée, rarement suave |
| Taille | 40 à 120 cm, les stations les plus humides donnant les pieds les plus hauts |
Trois caractères se vérifient en dix secondes sur le terrain : la feuille ne possède pas de pétiole distinct, elle est nettement plus longue que large, et le revers est blanchâtre au toucher. Une feuille pétiolée et glabre écarte immédiatement l'espèce.
Ne pas la confondre
La confusion la plus fréquente se fait avec la menthe à feuilles rondes, Mentha suaveolens, elle aussi sessile et feutrée. La différence tient à la forme du limbe : arrondi, gaufré et à sommet obtus chez Mentha suaveolens, allongé et pointu chez Mentha longifolia. Les stations intermédiaires abritent souvent leur hybride, Mentha × rotundifolia, aux caractères mélangés et au pollen largement stérile.
Avec la menthe verte, la distinction repose sur la pilosité : feuillage glabre et vert vif chez Mentha spicata, feutré et grisâtre ici. La démarche complète figure dans la clé d'identification et dans la fiche menthe sauvage.
Habitat et écologie
C'est une plante des sols frais à mouillés, riches en azote : berges de rivières, bras morts, fossés de bord de route, prairies humides pâturées, jusque vers 2 000 m d'altitude dans les Alpes et les Pyrénées. Elle supporte l'inondation temporaire mais pas la sécheresse estivale prolongée. Ses stolons superficiels lui permettent de former des colonies denses de plusieurs mètres carrés en trois ou quatre saisons, ce qui la range parmi les menthes envahissantes lorsqu'elle est introduite au jardin.
Sa floraison estivale, longue et riche en nectar, attire abeilles domestiques, bourdons et syrphes : c'est l'une des menthes les plus visitées, sujet développé dans menthe et pollinisateurs.
Arôme et usages
Son huile essentielle ne suit pas un profil unique. Les chémotypes documentés en Europe sont dominés selon les populations par l'oxyde de pipéritone, la carvone, la menthone ou le 1,8-cinéole. Le menthol y est le plus souvent minoritaire, en dessous de 5 %. La conséquence gustative est nette : là où la menthe poivrée apporte du froid et la menthe verte du sucré, Mentha longifolia apporte surtout de l'amertume et une note camphrée qui tourne vite au médicinal en infusion.
Elle reste comestible et n'est pas considérée comme toxique, mais son intérêt culinaire est limité et très dépendant de la population récoltée. La règle est de goûter une feuille avant de cueillir en quantité. Voir les menthes comestibles et la cueillette sauvage. En Afrique du Nord et au Proche-Orient, des populations locales sont employées en tisane et en usage traditionnel documenté, sans que cela vaille validation pour les populations européennes.
La cultiver
Elle demande un sol constamment frais et une exposition ensoleillée à mi-ombragée. Semis possible au printemps, à 15 à 20 °C, ce qui la distingue des menthes hybrides stériles, mais la descendance est variable. La division de touffe en mars ou en septembre reste plus sûre. En pleine terre, prévoir une barrière anti-rhizome ou une culture en bac. Les principes généraux sont réunis dans la rubrique culture.
Questions fréquentes
Est-elle comestible ?
Oui, elle ne présente pas de toxicité connue aux doses alimentaires, mais son goût amer et camphré la rend peu agréable dans la plupart des populations européennes. Goûter avant de récolter reste la règle.
Peut-on la semer ?
Oui, c'est même l'une des rares menthes dont le semis a du sens, puisqu'elle est fertile. La levée demande 10 à 20 jours à 18 °C et les plants obtenus ne sont pas identiques entre eux. Voir semer la menthe.
Pourquoi ses feuilles sont-elles grises ?
Le feutrage de poils courts limite l'évaporation et réfléchit une partie du rayonnement. C'est une adaptation aux stations ensoleillées et ventées, fréquente chez les Lamiacées.
À lire ensuite : la menthe à feuilles rondes · les menthes sauvages · identifier une menthe · la cueillette sauvage · toutes les espèces de menthe