Cultivar · Mentha × piperita
La menthe poivrée de Mitcham
Mitcham n'est pas une espèce mais un lieu : un village du Surrey, aujourd'hui absorbé par Londres, où la menthe poivrée a été sélectionnée à partir du milieu du XVIIIe siècle. Le nom est resté attaché aux clones qui en descendent, encore dominants dans la distillation mondiale.
Un cultivar, pas une espèce
La menthe de Mitcham appartient à Mentha × piperita, hybride stérile de Mentha aquatica et Mentha spicata. Elle ne se distingue donc de la menthe poivrée ordinaire par aucun caractère de rang botanique : c'est une sélection clonale, un individu remarquable repéré dans une culture puis multiplié à l'identique. Sur la mécanique de ces croisements, voir les hybrides de menthe.
L'histoire du village au cultivar
La culture de la menthe poivrée à Mitcham commence vers 1750, sur les terres alluviales de la Wandle, au sud de Londres. Le sol profond, la nappe proche et la proximité immédiate des distillateurs et des apothicaires londoniens expliquent l'implantation. Au milieu du XIXe siècle, plusieurs centaines d'acres y sont consacrées, et l'huile essentielle de Mitcham s'exporte comme référence de qualité en parfumerie et en pharmacie.
Le déclin est rapide autour de 1900, pour deux raisons combinées : l'étalement urbain de Londres, qui rend le foncier inexploitable en maraîchage, et la verticilliose, un champignon du sol qui contamine durablement les parcelles et contre lequel la rotation seule ne suffit pas. La production migre alors vers les États-Unis, où les clones issus de Mitcham deviennent la base des plantations du Michigan, de l'Indiana puis du Nord-Ouest Pacifique. Voir la menthe au Royaume-Uni et la filière américaine.
Black Mitcham et White Mitcham
Deux lignées ont circulé sous le même nom de lieu, et la confusion est fréquente chez les pépiniéristes.
| Critère | Black Mitcham | White Mitcham |
|---|---|---|
| Tige | Fortement teintée de pourpre, presque noire à la base | Verte, sans pigmentation marquée |
| Rendement en huile | Élevé, base des plantations industrielles | Plus faible, de 20 à 30 % en dessous |
| Profil aromatique | Puissant, franchement mentholé | Plus fin, plus doux, apprécié en parfumerie |
| Sensibilité à la verticilliose | Sensible, mais moins que la lignée blanche | Très sensible, cause de son abandon |
| Diffusion actuelle | Majoritaire dans le monde | Résiduelle, collections et petits producteurs |
En pratique, un plant vendu aujourd'hui comme « Mitcham » en France descend presque toujours de la lignée noire, ou d'un clone français apparenté.
Reconnaître un plant de Mitcham
| Organe | Caractère |
|---|---|
| Tige | Carrée, pourpre foncé, glabre ou à poils épars, dressée et peu ramifiée |
| Feuille | Nettement pétiolée, lancéolée, dentée, vert très sombre, nervures rougissantes |
| Fleurs | Épi terminal dense, lilas, de juillet à septembre, sans graine viable |
| Odeur | Menthol net, avec une nuance poivrée et une pointe herbacée en fin de nez |
| Taille | 50 à 90 cm en sol frais et fertile, 30 à 50 cm en sol sec |
Ce que vaut son huile essentielle
L'arôme est dominé par le menthol, couramment 35 à 50 % de l'huile essentielle, accompagné de menthone à hauteur de 15 à 30 %, d'acétate de menthyle de 3 à 10 %, et de fractions mineures de 1,8-cinéole et de menthofurane. C'est l'acétate de menthyle qui donne la rondeur recherchée en parfumerie : sa proportion augmente en fin de cycle, ce qui pousse les distillateurs à couper tardivement quand la destination est aromatique plutôt que pharmaceutique.
Le rendement se situe couramment entre 0,3 et 0,5 % sur plante fraîche, soit 200 à 350 kg de matière verte pour un litre d'huile, et 30 à 80 kg d'huile par hectare selon le climat et le nombre de coupes. Détail des procédés dans distiller la menthe, et des ordres de prix dans prix et rendement.
Sa culture aujourd'hui en France
Le cultivar a été introduit en France au XIXe siècle, notamment autour de Milly-la-Forêt, dans l'Essonne, qui reste le nom associé à la menthe poivrée française. La production commerciale y est aujourd'hui très réduite, mais le clone circule toujours chez les producteurs de plantes aromatiques. Panorama dans la menthe en France.
Au jardin, ses exigences sont celles de toutes les menthes poivrées : sol frais et profond, arrosage régulier, division tous les deux à trois ans pour éviter l'épuisement du rhizome. Étant stérile, elle se multiplie uniquement par bouture ou division. Les fondamentaux sont réunis dans la rubrique culture.
Questions fréquentes
Un plant « Mitcham » est-il génétiquement authentique ?
Rien ne le garantit. Le nom n'est protégé par aucun cahier des charges. Deux plants vendus sous la même étiquette peuvent provenir de clones différents. Le seul contrôle accessible reste l'observation de la tige pourpre et le froissement d'une feuille.
Est-elle plus mentholée que la menthe poivrée courante ?
Pas systématiquement. Sa réputation tient autant à l'équilibre de son huile, riche en acétate de menthyle, qu'à sa teneur brute en menthol. Le terroir et la date de coupe pèsent au moins autant que le clone.
Convient-elle en cuisine ?
Comme toute menthe poivrée, elle sert en infusion, en sirop et en pâtisserie, mais pas crue en quantité. Voir quelle menthe choisir.
À lire ensuite : la menthe poivrée · son huile essentielle · Milly-la-Forêt · la distillation · toutes les espèces de menthe