Terroirs · Inde
La menthe en Inde
L'Inde produit à elle seule la majeure partie de l'huile essentielle de menthe des champs du monde, et avec elle le menthol naturel qui parfume dentifrices, chewing-gums et baumes. Presque toute cette production sort d'un seul État, l'Uttar Pradesh, sur des parcelles familiales de moins de deux hectares.
Une seule espèce, un seul objectif
La plante cultivée n'est pas la menthe poivrée mais la menthe des champs, Mentha arvensis, appelée localement mentha ou menthol mint. Son huile essentielle contient couramment 70 à 80 % de menthol, contre 35 à 50 % pour la menthe poivrée. Cette teneur élevée en fait la seule source végétale rentable de menthol cristallisé. La culture n'a pas d'autre finalité : la feuille n'est ni séchée pour la tisane, ni vendue fraîche en volume. Voir la menthe des champs.
Le poids réel de l'Inde
| Indicateur | Ordre de grandeur |
|---|---|
| Surface cultivée | 250 000 à 350 000 hectares |
| Production d'huile brute | 30 000 à 45 000 tonnes par an |
| Part mondiale du menthol naturel | De l'ordre de 70 à 80 % |
| Rendement en huile | 100 à 200 kg par hectare |
| Taille moyenne des exploitations | 0,5 à 2 hectares |
| Nombre de producteurs concernés | Plusieurs centaines de milliers |
Le rapport de force avec les autres origines est écrasant. La France produit quelques tonnes d'essence de menthe par an, les États-Unis quelques milliers, l'Inde plusieurs dizaines de milliers. Cette masse fait de la cotation indienne la référence mondiale de fait, suivie sur les marchés à terme de Bombay et sur les marchés physiques de l'Uttar Pradesh.
Où la culture se concentre
La zone utile est la plaine gangétique occidentale et centrale, entre 100 et 200 mètres d'altitude, sur des sols alluviaux limoneux profonds et une nappe accessible. Le climat y est subtropical : hivers doux, printemps très secs, mousson de juin à septembre, pluviométrie annuelle de 800 à 1 100 mm mais concentrée sur trois mois. La culture se déroule justement hors mousson, en saison sèche, et dépend donc entièrement de l'irrigation. Les districts de Barabanki, Rampur, Badaun, Bareilly, Sambhal et Moradabad forment le noyau ; le Bihar et le Pendjab complètent à la marge.
Le cycle cultural en cinq mois
- Janvier-février : plantation de stolons enfouis à 5-8 cm, à raison de 400 à 600 kg de matériel végétal par hectare.
- Février-mai : 8 à 12 irrigations, deux à trois apports azotés, désherbage manuel répété.
- Juin : première coupe à environ 100-110 jours, quand la plante approche de la floraison et que la teneur en menthol culmine.
- Juin, immédiatement après la coupe : préfanage au champ pendant 4 à 24 heures, puis distillation à la vapeur en cuves de terrain de 0,5 à 1 tonne, pendant 2 à 3 heures.
- Juillet-août : seconde coupe possible sur repousse, moins riche, avant la remise en culture de riz ou de canne.
La distillation se fait sur place, dans des unités rudimentaires alimentées au bois ou aux résidus végétaux, souvent partagées entre plusieurs exploitations. Le rendement se situe autour de 0,4 à 0,8 % sur matière préfanée. Le principe de l'entraînement à la vapeur est le même partout, et il est décrit dans distiller la menthe.
De l'huile brute aux cristaux de menthol
L'huile brute part vers des unités de cristallisation concentrées autour de Chandausi et de Sambhal. Elle y est refroidie entre -10 et -25 °C : le menthol, qui fond à environ 42 °C et cristallise facilement, se sépare sous forme de cristaux blancs récupérés par centrifugation. Le liquide restant, appauvri en menthol, est vendu sous le nom d'huile démentholée et sert d'arôme dans les dentifrices et les confiseries. Un lot d'huile brute donne couramment 60 à 70 % de cristaux et 30 à 40 % d'huile résiduelle. Le détail du procédé figure dans les cristaux de menthol, et les propriétés de la molécule dans la fiche menthol.
Les acheteurs finaux sont l'hygiène bucco-dentaire, la confiserie, le tabac et la pharmacie, décrits dans les usages industriels. Le menthol de synthèse, produit en Allemagne, en Chine et au Japon, occupe désormais une part importante du marché et plafonne les prix indiens.
Une filière volatile et gourmande en eau
Le prix de l'huile de menthe indienne varie fortement d'une campagne à l'autre, avec des amplitudes de l'ordre de un à deux entre un creux et un pic sur quelques années. La raison est structurelle : des centaines de milliers de petits producteurs arbitrent chaque hiver entre la menthe et le blé selon le prix de la campagne précédente, ce qui amplifie les cycles. Voir prix et rendement.
Le second point faible est l'eau. Huit à douze irrigations en saison sèche, dans une plaine où la nappe baisse déjà sous l'effet du système riz-blé, font de la menthe une culture discutée sur le plan hydrique. Des variétés plus précoces, sélectionnées par la recherche publique indienne, visent à réduire le nombre d'irrigations en raccourcissant le cycle.
Questions fréquentes
Le menthol de mon dentifrice vient-il d'Inde ?
Il vient d'Inde s'il est d'origine naturelle, ce que l'étiquette n'indique pas toujours. Une part croissante du menthol mondial est produite par synthèse chimique à partir de thymol ou de citral, et les deux formes sont chimiquement identiques dans leur version lévogyre.
Pourquoi l'Inde a-t-elle remplacé la Chine et le Brésil ?
Par un enchaînement de coûts et de politique agricole. À partir des années 1980, la recherche indienne diffuse des variétés adaptées à la plaine gangétique, la culture s'insère dans un créneau libre entre deux cultures vivrières, et le coût de main-d'œuvre reste bas. La production chinoise, elle, s'est repliée vers d'autres cultures.
Cette huile indienne sert-elle en aromathérapie ?
Rarement telle quelle. L'huile essentielle de menthe des champs est surtout une matière première industrielle destinée au menthol. Quand elle est vendue au détail, elle doit être identifiée comme telle et non confondue avec l'huile essentielle de menthe poivrée, qui a un profil différent.
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